
Douleur au pubis pendant la grossesse : comprendre la symphyse pubienne douloureuse

Emilie Garbail
Ostéopathe · La Valette-du-Var
Une douleur à l'avant du bassin, juste au-dessus du sexe, qui apparaît en marchant, en montant les escaliers, en se retournant dans le lit ou en enjambant le bord de la baignoire ... Les douleurs du pubis sont fréquentes pendant la grossesse et souvent mal comprises : on les attribue à tort à un « mal de dos » ou à une simple fatigue. Voici comment les reconnaître, les soulager et savoir à quel moment consulter, ainsi que le rôle que peut jouer l'ostéopathie.
La symphyse pubienne : une articulation discrète mais sollicitée
Le bassin est formé de plusieurs os reliés entre eux par des articulations très solides. À l'avant, les deux os du pubis se rejoignent au niveau de la symphyse pubienne, une articulation peu mobile, maintenue par un cartilage et de puissants ligaments. À l'arrière, le sacrum s'articule avec les os iliaques au niveau des articulations sacro-iliaques.
Pendant la grossesse, les hormones (notamment la relaxine) assouplissent progressivement ces ligaments pour préparer le passage du bébé. La symphyse s'écarte légèrement : c'est un phénomène normal. Mais chez certaines femmes, ce relâchement, combiné à la charge de l'utérus et aux changements de posture, rend l'articulation douloureuse. On parle de symphyse pubienne douloureuse (ou, plus largement, de douleurs de la ceinture pelvienne).
Les symptômes les plus fréquents
- Une douleur à l'avant du bassin, au niveau du pubis, parfois vive et localisée, parfois diffuse.
- Une douleur qui irradie vers l'aine, l'intérieur des cuisses, le périnée, ou vers le bas du dos et les fesses.
- Une douleur qui s'aggrave en marchant, en montant ou descendant les escaliers, en se tenant sur une jambe, en se retournant dans le lit ou en écartant les jambes.
- Des claquements ou craquements ressentis ou entendus au niveau du pubis, parfois avec une sensation d'instabilité.
- Une démarche modifiée, avec de petits pas, parfois décrite comme « de canard ».
- Une gêne pour mettre ses chaussettes, enfiler un pantalon ou sortir de la voiture.
La douleur apparaît le plus souvent au deuxième ou au troisième trimestre, mais elle peut débuter plus tôt.
Ne pas confondre avec d'autres douleurs de grossesse
- Les douleurs des ligaments ronds de l'utérus : douleurs en coup de poignard sur les côtés du bas-ventre ou dans l'aine, déclenchées par un mouvement brusque (se lever vite, tousser, éternuer). Elles sont fréquentes au deuxième trimestre, et en général brèves.
- Les douleurs sacro-iliaques : situées plutôt dans la fesse ou à l'arrière du bassin, parfois descendant à l'arrière de la cuisse.
- La sciatique : douleur qui descend le long de la jambe, souvent en dessous du genou, avec fourmillements.
- Les contractions utérines : douleurs rythmées, qui reviennent à intervalles réguliers (voir plus bas).
- Une infection urinaire : brûlures en urinant, envies fréquentes, parfois fièvre.
Un bilan par un professionnel permet de faire la différence entre ces causes.
Ce qui favorise la douleur du pubis
- Une laxité ligamentaire plus marquée chez certaines femmes.
- Une grossesse multiple, un bébé volumineux, ou une grossesse rapprochée d'une précédente.
- Des antécédents de douleurs du bassin, du dos ou de traumatisme du bassin.
- Un travail ou des activités physiques qui sollicitent le bassin de façon asymétrique (station debout prolongée, port de charges, escaliers répétés).
- La prise de poids et le déplacement du centre de gravité vers l'avant.
- Une posture qui accentue la cambrure lombaire ou qui répartit mal les appuis.
Comment l'ostéopathie peut accompagner la femme enceinte
L'ostéopathie est bien adaptée à la grossesse : les techniques sont douces, sans manipulation forcée, et respectent la sécurité de la mère et du bébé.
L'ostéopathe réalise un bilan complet : posture, mobilité de la colonne lombaire, du sacrum, des articulations sacro-iliaques, des hanches et du bassin, tensions musculaires des adducteurs, des fessiers et du bas du dos. Selon les résultats, il peut :
- Relâcher les tensions musculaires autour du bassin et des hanches, qui peuvent accentuer les contraintes sur la symphyse.
- Redonner de la mobilité aux articulations du bassin, pour mieux répartir les charges.
- Accompagner l'adaptation posturale du corps à la grossesse.
- Donner des conseils de positions et de gestes du quotidien.
L'ostéopathie n'a pas pour but de « remettre en place » le pubis, et ne garantit pas la disparition de la douleur. Elle s'inscrit en complément du suivi de la sage-femme ou du médecin, et éventuellement de séances de kinésithérapie ou de rééducation adaptées.
Que faire au quotidien pour soulager la douleur ?
- Gardez les genoux et les cuisses serrés pour sortir de la voiture ou du lit, ou pour vous retourner : cela évite d'écarter brusquement les jambes. Vous pouvez aussi vous asseoir pour vous habiller.
- Dormez sur le côté, avec un coussin entre les genoux et, au besoin, sous le ventre.
- Limitez les mouvements asymétriques : évitez de croiser les jambes, de rester debout sur une seule jambe, de porter des charges d'un seul côté.
- Réduisez les escaliers et les longs trajets à pied quand les douleurs sont vives, et faites des pauses.
- Marchez avec des pas plus petits et en gardant un rythme régulier.
- Utilisez des appuis : assise stable, siège de douche, coussin ferme.
- Pratiquez une activité douce : aquagym et natation (sans brasse), yoga prénatal adapté, en accord avec votre sage-femme.
- Pensez à une ceinture de maintien du bassin, qui soulage certaines femmes : demandez conseil à votre sage-femme ou à votre kinésithérapeute pour le choix et le port.
- Ne prenez aucun médicament sans avis médical : certains, comme les anti-inflammatoires, sont déconseillés pendant la grossesse.
Quand consulter sans attendre ?
Contactez rapidement votre sage-femme, votre médecin ou les urgences en cas de :
- Douleur très intense, brutale, ou impossibilité de marcher ou de s'appuyer sur une jambe.
- Contractions régulières, saignements, pertes de liquide ou diminution des mouvements du bébé.
- Fièvre, brûlures en urinant, douleur du flanc ou du bas-ventre inhabituelle.
- Gonflement, rougeur ou chaleur localisée au niveau du pubis.
- Douleur ou gonflement d'un seul mollet, avec chaleur ou rougeur (risque de phlébite).
- Faiblesse d'une jambe, engourdissement de la région génitale ou anale, troubles urinaires ou intestinaux.
- Une douleur qui ne cède pas au repos ou qui s'aggrave rapidement.
Et l'accouchement ?
Une symphyse pubienne douloureuse n'empêche généralement pas un accouchement par les voies naturelles. Parlez-en à votre sage-femme ou à votre gynécologue-obstétricien bien avant le terme : l'équipe pourra adapter les positions de travail et d'accouchement pour limiter l'écartement des jambes et vous soulager. Cela peut aussi être abordé lors de la préparation à la naissance.
Après l'accouchement
Dans la majorité des cas, les douleurs du pubis s'atténuent progressivement après la naissance, sur quelques semaines à quelques mois, à mesure que les ligaments retrouvent leur tonicité. Si la douleur persiste, s'aggrave ou apparaît après l'accouchement, parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin : un bilan et une rééducation adaptée (périnéale, kinésithérapie, ostéopathie) peuvent aider.
Vous êtes enceinte et ressentez une douleur au pubis ou au bassin qui gêne votre quotidien ? N'hésitez pas à prendre rendez-vous au cabinet pour un bilan adapté à votre grossesse.



